Rentrée 2025 des AccompagnantEs des Elèves en Situation de Handicap (AESH) : enterre-t-on la dite "école inclusive" en broyant les personnels qui y sont dédiés ?
La CGT éduc’action du Rhône, comme après chaque rentrée, fait le point sur la situation à partir des nombreuses remontées de terrain des collègues. D’année en année la situation se dégrade. Le constat est effrayant, tant pour les élèves concernés que pour les professionnels de l’accompagnement à la scolarité, les AESH.
La liste est longue et malheureusement non exhaustive :
Manque de moyens humains
Les recrutements sont bloqués et des centaines d’heures d’accompagnement sont non couvertes. Les AESH en poste sont éparpilléEs sur des secteurs géographiques entiers, réaffectéEs de façons incohérentes à droite à gauche, de la maternelle au BTS, sur 2 voire 3 établissements, accompagnent de plus en plus d’élèves dans l’inconnu total de la durée de leurs accompagnements. Dans ces conditions, les collègues AESH se retrouvent dans l’impasse :
– impossible de construire un suivi cohérent au sein des équipes éducatives ;
– impossible de travailler dignement auprès des élèves.
Au delà de l’impact direct et négatif sur leur qualité de vie au travail, cela a inévitablement aussi un impact sur l’organisation, la qualité de leur vie personnelle et familiale. Quant aux familles des élèves concernés, on leur demande même parfois de venir faire bénévolement le métier d’accompagnant en classe pour palier l’absence de recrutement d’AESH pour leurs enfants !
Droit des élèves non respectés et missions des AESH éprouvées
Parce que les moyens nécessaires ne sont pas engagés, les droits des élèves bénéficiant d’un droit à accompagnement individuel sont bafoués : leur nombre d’heures accordé sur décision de la commission CDAPH est de moins en moins respecté. C’est pourtant bel et bien un droit opposable que l’Education nationale a obligation d’appliquer. Concrètement sur le terrain, la mode est au regroupement maximum d’élèves en situation de handicap dans une même classe et on demande aux collègues de faire simultanément un accompagnement individuel et des accompagnements mutualisés, ce qui est illégal. Par définition, les choses sont pourtant claires : unE AESH ne peut faire simultanément les 2, l’accompagnement individuel étant par définition dédié, soutenu, et continu.
Autre effet du regroupement d’élèves ayant des droits à accompagnement dans une même classe : de plus en plus de collègues AESH à qui l’on impose des accompagnements mutualisés simultanés de 2, 3, 4 élèves en même temps dans une même classe, sans la moindre prise en compte des profils des élèves et de leurs besoins. Masquer les manques d’aide humaine est une stratégie qui va à l’encontre du projet initial d’école inclusive.
Le regroupement d’élèves et les fonctionnement problématiques imposés aux AESH n’auront à terme qu’un seul effet : le départ massif d’AESH épuiséEs et abiméEs par une gestion inhumaine de l’institution.
Problématique de l’accompagnement sur le temps méridien
L’académie de Lyon a fait le choix de ne pas augmenter le temps de travail des AESH qui exercent cette mission là où on leur avait vendu la possibilité d’une augmentation de salaire, ce qui est pourtant prévu par les textes. Les temps d’accompagnement sont déduits du temps prévu initialement pour l’accompagnement en classe, et donc côté AESH : fatigue aiguë, parce que bien entendu iels sont considéréEs comme des machines, déshumaniséEs dans une institution qui, par mépris de classe et validisme, les associe plus aux compensations matérielles comme le droit à un ordinateur qu’à de véritables humainEs dont il faut garantir sécurité et intégrité. Nul besoin donc pour eux de manger et de se reposer. Et rien de plus à la fin du mois sur la fiche de paie.
Déploiement des PAS , Pôles d’Appui à la Scolarité
Aucune information n’a été donnée aux AESH, aucune concertation, aucune réunion d’information et d’échange. Il leur a juste été adressé un mail accompagné d’un visuel leur indiquant que soit ils acceptent de signer l’avenant au contrat de travail, soit… c’est la porte ! Belle entrée en matière pour des AESH déjà suffisamment maltraitéEs ! Et pour celles et ceux qui ont signé, et n’ont donc pas été licenciéEs, pas plus d’information 3 semaines après la rentrée. Tout comme pour les PIAL, précurseurs de la déshumanisation du système, généralisés sans être évalués, les PAS sont imposés, subis, et les collègues méprisés. Les AESH à missions de référents, qui sont censés avoir pour mission de pouvoir guider leurs collègues, subissent le même sort.
Management de plus en plus toxique
Historiquement, les AESH ont toujours eu à subir mépris de classe et absence de reconnaissance de leur métier et des compétences engagées pour l’exercer. Cela n’aurait en aucun cas dû devenir la norme ! La CGTéduc’action du Rhône mène un vrai combat afin que les collègues AESH soient respectéEs et reconnuEs concrètement en tant que professionnels de l’accompagnement scolaire. Nous constatons malheureusement que la situation s’aggrave de façon alarmante. Collègues de plus en plus malmenéEs au sein de leurs établissements scolaires, par leur hiérarchie directe et indirecte comme par les services dans l’administration. L’arbitraire des coordonnateurices de PIAL dont certainEs exercent un management ostensiblement toxique s’abat sur les collègues : pressions, menaces au changement d’affectation ou au non renouvellement de contrat dès lors que l’AESH ose affirmer son professionnalisme et/ou ses droits, injonctions contradictoires, réaffectations aléatoires, atteintes aux droits et répression syndicale, demandes hors cadre des missions, absence de communication respectueuse ou communication condescendante, délais de réponse interminables ou même silence radio dès que les collègues se tournent vers leurs services gestionnaires qui subissent eux-même des conditions de travail difficiles.
De plus en plus d’AESH craquent et développent des pathologies en lien direct avec leur activité professionnelle. Leur santé et leur sécurité au travail est plus que mise à mal. C’est insupportable. Des directions d’école, chefs d’établissements & coordinateurices de PIAL profitent de leur pouvoir pour exercer des pressions sur les AESH précariséEs, sur celleux qui signalent des dysfonctionnements ou refusent de réaliser des missions qui ne sont pas légales.
La CGT éduc’action du Rhône dénonce et alerte sur la machine à broyer qu’est en l’état cette école dite inclusive, les conditions de travail dégradées des AESH . Le point de rupture est atteint et nous ne pouvons que constater que la volonté n’est pas de faire de l’école une école accessible, pour toutes et tous, émancipatrice et égalitaire, respectueuse des adultes qui y œuvrent chaque jour. On nous demande toujours plus et on ne nous reconnaît rien. Si l’école inclusive se meurt officiellement, il serait important d’en informer celles et ceux qui y contribuent.
Nous exigeons :
– la création d’un corps de métier statutaire d’AESH, en tant que titulaires de la fonction publique d’Etat de catégorie B.
– une augmentation immédiate de leur salaire
– l’accès à la prime d’équipement informatique et aux indemnités liées à l’exercice en dispositifs type ULIS
– l’arrêt de la gestion managériale toxique des collègues via les PIAL ou les PAS.
Aujourd’hui, les conditions de travail & le salaire ne semble plus permettre le recrutement de nouveaux & nouvelles AESH. La CGTeduc’69 observe même que les collègues exerçant ce métier le quittent plus vite qu’on ne peut en recruter : les démissions, les non renouvellement de contrats mais surtout les licenciements pour inaptitude se multiplient dangereusement.
La CGT Educ’69 incite les collègues et camarades dans les écoles, les collèges et les lycées à :
– demander des audiences au rectorat pour tous les établissements d’un PIAL pour éviter d’opposer les établissements entre eux en terme de besoins d’aide humaine. Obtenir des aides humaines prises dans d’autres établissements ne fera que bousculer un peu plus nos collègues AESH.
– demander la tenue d’heures et réunions d’informations syndicales sur le sujet pour éviter de malmener des personnels AESH en sous-effectif. Leur demander toujours d’accompagner toujours plus d’élèves, de travailler sur plusieurs établissements et de mutualiser leur aide sont des stratégies contre-productives qui causeront d’autres départs de collègues.
– insister pour que ce soient les AESH qui portent la parole et les revendications, pas les parents ou les enseignantEs qui ne sont pas les premières victimes de la situation.
– marteler les revendications de salaire, statut de fonctionnaire, temps de travail et régime indemnitaire encore et encore. C’est le seul moyen d’obtenir satisfaction et de sortir de la crise actuelle.
Si l’Education Nationale se soucie encore de ce qu’elle appelle l’école Inclusive elle doit réagir et rapidement !
